3.3 La religion comme obstacle heuristique

Lorsque l'on parle de Galilée et de la théorie de l'héliocentrisme on associe toujours à ces deux termes la notion d'intolérance religieuse. Le savant italien est la plupart du temps apparenté à un martyr qui durant toute sa vie aurait été persécuté par l'autorité ecclésiastique ce qui comme nous l'avons remarqué dans la première partie est faux : les adversaires les plus acharnés de Galilée sont des membres de la communauté scientifique cherchant à protéger les principes fondateurs de leur institution. Il est avant toutes choses nécessaire de comprendre que Galilée a toujours été un fervent catholique. On peut d'ailleurs noter que le fils de Vincenzio Galilei a été tonsuré lors de son enfance acte imposant une "stricte fidélité envers l'autorité ecclésiastique en matière de foi et de pratiques". Cette image de militant anticlérical lui a sans doute été apposée par certains philosophes des Lumières désireux d'en faire un martyr de l'obscurantisme religieux. Au cours de sa vie Galilée sera toujours en bon terme avec certains membres de l'autorité religieuse tant qu'il ne s'attaquera pas à certains préceptes. Nous pouvons pour illustrer ces propos évoquer son amitié avec le grand duc Cosme II ou encore parler de son entente cordiale avec le cardinal Maffeo Barberini qui deviendra pape sous le nom d'Urbain VII. Une question se pose alors comment Galilée a t'il pu entrer en conflit avec l'institution religieuse alors qu'il semblait être en bon terme avec elle?

Cette question est dotée d'une réponse simple Galilée ne s'est pas conduit de façon prudente. Au lieu de se cantonner comme le suggérait Kepler à explorer de fond en comble les bases de la théorie copernicienne et à plaider son bien fondé dans le milieu scientifique, il s'est attaqué à une tâche trop ardue pour lui : "concilier théorie copernicienne et dogme catholique". Galilée est persuadé que la théorie du savant polonais constitue une révolution pour le monde scientifique, elle symbolise une rupture avec le monde des anciens incarnée par les théories d'Aristote et de Ptolémée. Cette césure permettrait sans nul doute de faire progresser la science. Seulement il pense que la diffusion de ce nouveau concept passe par une étape qui n'est pas des moindres, rallier à sa cause l'autorité religieuse. Pour le fils de Vicenzio Galiléi, la théorie de Copernic ne peut se diffuser sans être défendue et soutenue par l'Eglise qui détient à ce moment la société entre ses mains. Si l'entente ne peut aboutir, il surviendra une rupture qui retardera l'avancée de la science. Attention même si Galilée est prêt à mêler l’institution religieuse à ses travaux il est intimement convaincu que le travail scientifique et la religion se doivent d'être séparés. De plus il est indispensable de comprendre qu’en tentant de mêler dogme catholique et théorie copernicienne, il ne cherche absolument pas à remettre en cause les fondements de l'église catholique établis depuis des millénaires, il veut juste que cette institution l'aide dans son entreprise de diffusion de la théorie de Copernic. Néanmoins, même si Galilée, homme au demeurant fervent catholique, ne veut en aucun cas mettre à mal l'ordre ecclésiastique, il va se heurter à un obstacle religieux.

Dès le début de son programme, l’inventeur de la lunette rencontre des difficultés qui ne sont pas des moindres. En tentant de faire admettre la validité de la théorie copernicienne, il remet en cause un des principes bibliques. L'homme est la deuxième créature la plus parfaite après l'être créateur, il est normal qu'il habite le centre de l'univers. On s'aperçoit donc que l'Église a déjà admis depuis des siècles la théorie géocentrique ce que confirment d'autres passages bibliques. Dans le texte sacré le soleil apparaît comme un satellite de la terre en témoigne par exemple le passage de la bible qui relate que Josué a arrêté le soleil dans sa course lors de la bataille de Gabaon. Nous voyons donc combien la réconciliation du dogme et de la théorie de Copernic est une opération délicate d'autant plus que Galilée ne veut en aucun cas trouver de compromis (il ne veut pas adopter la théorie de Tycho Brahé qu'il considère comme un concept hybride). Le texte biblique se présente donc comme un obstacle épistémologique qui empêche l'avancée de la science et permet à la théorie de Ptolémée de rester immuable.


« retour | Haut | suite »

COPYRIGHT © 2007 TPE-HELIOCENTRISME.FR | XHTML 1.1 | CSS